dimanche 26 janvier 2020

BARATIN, MENSONGES ET BILAN ZÉRO


Que l'on se soit forgé ou pas une opinion au préalable, il importe lors de chaque campagne électorale d'assister aux réunions et autres meetings de tous les candidats. Y compris ceux que l'on juge infréquentables. Pas dans l'espoir d'évoluer dans ses choix, lesquels sont en général définitifs, mais bien plutôt pour les conforter au vu des piètres arguments de certains d'entre eux. Il convient également de s'intéresser au public présent dans la salle, de repérer ceux qui résident dans votre ville et de comptabiliser les autres, ceux que certains candidats font venir pour assurer le nombre et la claque. Une pratique politicienne que Julien Sanchez connaît bien, et c'est bien le seul point sur lequel il ne décevra personne. 

C'est dans cet état d'esprit que cette année encore je me suis farcie le meeting du maire sortant de Beaucaire. De la musique, des applaudissements en veux-tu en voilà pour tout et pour rien, surtout pour rien ! un discours formaté et prévisible, et les inévitables attaques contre ses concurrents et ses opposants. J'aurais pu l'écrire ce discours, quasiment mot pour mot. Il a commencé en annonçant sa candidature, laquelle était un secret de polichinelle, déchaînant l'enthousiasme de ses fans comme il se doit. Puis il a présenté un long et minutieux bilan de sa gestion municipale, détaillant point par point ses soi-disant réalisations en n'hésitant pas à s'attribuer au passage celles de ses prédécesseurs, lesquels ne l'ont pas attendu par exemple pour se soucier des seniors. Il n'a fait en l'occurrence que poursuivre ce qui était déjà installé et rôdé. Mais lesdits seniors ont adoré bien sûr ! A croire que l'âge justifie d'opportuns trous de mémoire... Mensonges, propagande, autosatisfaction et brossage dans le sens du poil de ses électeurs, la méthode est rodée et elle fonctionne. Rien de surprenant là encore. 

Puis il s'est attaqué au gros morceau, les promesses de campagne. Rien de novateur là non plus. Le quartier Sud Canal dont on se demande s'il sortira un jour de terre, un Centre des Congrès dont le coût et la taille sont très présomptueux par rapport aux besoins réels de notre ville, l'augmentation des caméras de vidéo protection... Si cette dernière opportunité pouvait permettre de mettre un terme au trafic de drogue bien installé sur la place de la mairie, en face de son bureau, je serais la première à l'en féliciter ! Mais bizarrement il n'a pas du tout abordé ce sujet, se contentant de vanter un bilan sécuritaire totalement fantasmé, construit sur du vent et non sur la réalité. Il est vrai qu'il lui est difficile de revenir sur les promesses de campagne faites en 2014, lesquelles ne se basaient déjà pas sur la réalité beaucairoise. Dans notre ville, nous ne le dirons jamais assez, il y a des incivilités certes fort dérangeantes et auxquelles il faudra remédier, mais très peu d'insécurité. Quiconque vous affirme le contraire le fait dans une démarche populiste, pour attiser les peurs et les haines qui vous amèneront à voter pour sa personne. Mais  soyons compréhensifs ! Notre maire candidat ne vit pas à Beaucaire, alors que pourrait-il savoir de ce qu'il se passe dans nos rues ? Pas grand-chose en vérité. Comme en 2014, aucun projet économique viable pour redynamiser notre ville, aucune vision d'avenir pour notre jeunesse, avec lui nous sommes certains d'une chose : le changement n'est pas au programme.

Il s'en est pris comme on s'y attendait au mandat de son prédécesseur, s'appuyant sur le bilan dressé en 2014 par la Chambre Régionale de la Cour des Comptes. Je ne saurais trop lui conseiller de faire profil bas en ce qui concerne l'audit concernant son propre mandat que celle-ci rendra public après les élections. Je gage que le résultat pourrait bien ne pas lui plaire. Il s'est également attaqué à Carole Delga, présidente de notre région Occitanie, se vantant sans modestie d'une victoire en appel qui n'a pas laissé de surprendre et dont on espère que le pourvoi en cassation de l'élue socialiste la rendra caduque. Entendre un élu du Rassemblement National dont toute la gestion municipale est fondée sur la préférence nationale parlé de discrimination ne manque pas de sel... Ces gens-là osent tout. Nous retiendrons que nous avons échappé à l'islamisation de la ville par la grâce d'un maire qui a supprimé de la Foire de Beaucaire "la vente de voiles islamiques et du Coran"... Pathétique. 

Pour finir il s'est attaqué à ses opposants. Avec la délicatesse qui le caractérise et que nous éprouvons lors de chaque conseil municipal, il nous a conseillé à tous de ne pas abuser des substances hallucinogènes, s'est moqué de certains comportements, a mis ses électeurs en garde contre deux des listes concurrentes en taclant ses adversaires sans nuance et sans finesse, l'un pour son engagement politique, l'autre pour sa discrétion "on ne l'a pas vue en six ans"... Visiblement Julien Sanchez a du mal à comprendre que l'on puisse d'une part s'engager en faveur d'un autre parti que le sien, d'autre part ne pas courir après la gloire et les paparazzis qui font son ordinaire. C'est vrai que lorsqu'on est en toute occasion accompagné de non pas un, mais deux voire trois photographes du service communication de la ville qui vous mitraillent sous tous les angles on est un peu déconnecté de la réalité d'une beaucairoise qui vit une vie normale et qui aime çà. Qui se consacre à sa famille, qui adore son métier et s'y dévoue sans compter, qui ne ressent pas le besoin d'être en permanence la vedette de son propre show... Ah mais j'oubliais ! C'est vrai que lui ne sait pas ce que c'est que de travailler ! Il est politicien professionnel depuis son adolescence, et à moins de commettre la connerie du siècle il aura toujours une place douillette à blablater au sein du Rassemblement National. Il peut dormir tranquille, l'histoire nous a appris que dans ce parti il faut aller très très loin dans l'abject pour se faire éjecter ! Alors à part dorloter ses ambitions politiques Julien Sanchez n'a pas à se soucier de grand-chose, son avenir est tout tracé, Beaucaire est son tremplin pour de plus grandes responsabilités. Si l'on ne peut nier qu'il prend son job de maire très à coeur ce ne sont pas les heures passées dans son bureau qui importent mais le résultat. Et celui-ci n'est pas eu rendez-vous tant s'en faut ! Il a accumulé les bourdes, impossible de les énumérer toutes ici mais on se souviendra longtemps du mur du canal et des trois ans de travaux pour refaire le quai de la Paix et parvenir à un résultat consternant ! Dans le privé il se serait fait virer depuis longtemps...

Alors quid de ce meeting ? Nous en retiendrons que les militants et autres sympathisants étaient soigneusement parqués au centre du Casino, un bon tiers d'entre eux protégés du reste du monde sur une estrade surélevée et semi fermée par des toiles noires, une couleur de circonstance... Nous avons pu noter que le maire aime tellement les dos d'ânes qu'il en avait installé trois sur l'allée centrale, on ne saura jamais à quoi ils servaient ! Et nous avons eu confirmation qu'il n'est pas besoin de tenir des propos raisonnés pour intéresser une salle qui exsudait la haine et la bêtise, applaudissant à tout rompre à toutes les attaques, insultes, diffamations et méchancetés que Julien Sanchez a dispensé avec soin tout au long de son discours. Cela sans se pencher sur la réalité de son mandat qu'ils ne veulent tout simplement pas voir. Pour ne pas perdre leurs illusions ? Sans aucun doute. La vantardise et la rouerie du candidat maire n'ont d'égales que la crédulité et l'adoration de ses groupies, il le sait et il s'en sert.

Je terminerais en vous avouant que je suis chamboulée par un trop plein d'émotions ! Parce que j'ai eu droit hier à un traitement de faveur. Quelques minutes qui m'ont été entièrement consacrées pour me diffamer et m'injurier publiquement. Adepte de la récidive lorsqu'il tacle ses adversaires, Julien Sanchez a repris quasiment mot pour mot les propos tenus lors de son discours à Fréjus en septembre 2014, aux universités d'été du Front National Jeunesse. Propos également parus dans la presse... Donc il enfonce le pion, si j'ose dire, et je ne suis pas certaine d'être honorée qu'il ait débuté par ma personne son douteux panégyrique de l'opposition. Notons bien qu'il ne s'est acharné que sur les opposants qu'il craint le plus malgré ses  dires. Mais ses moqueries à notre encontre n'ont pour effet que de nous conforter dans ce que nous savons déjà : il n'a pas la conscience tranquille, nous lui faisons peur. On ne s'attaque aussi violemment qu'a ce que l'on craint.

Coming out
#jesuisuneaigrie #jesuisfolle #jesuisamoureusedumaire 

dimanche 29 décembre 2019

LA GROUPIE FACHO : PETIT LEXIQUE


La groupie facho c'est quelque chose ! Un truc qui se clone de ville en ville et se contente de prendre l'accent du coin pour se fondre dans la masse. Elles sont teigneuses, surtout les femmes, et elles sont partout... Leurs oreilles traînent, leurs yeux furètent et vous passent au laser quand ils tombent sur vous, elles vous poursuivent de leur vindicte sans relâche ! A croire qu'elles ne dorment pas, ne mangent pas, et n'ont pas de vie propre. 

Et c'est un peu çà ! Leur vie entière est dédiée à l'adoration de leur idole, elles épluchent ses moindres faits et gestes, apprennent par cœur son agenda pour multiplier les occasions de le croiser, et bien entendu ont à la moindre critique ou opinion contraire que vous exprimez des réponses toutes prêtes qui tournent en général autour d'un thème récurrent : "si vous n'êtes pas content(e) déménagez !" Combien de fois avons-nous pris les uns et les autres la peine de leur expliquer qu'exprimer une opinion différente ne signifie pas que l'on n'aime pas sa ville ou que l'on critique le maire, juste que l'on pense différemment. Mais là on se rend compte très vite qu'il y a des mots qui leurs sont inaccessibles. Tandis que d'autres n'ont pas la même résonance dans leurs petits cerveaux formatés. Alors pour vous permettre de mieux cerner cette engeance si particulière qu'est la groupie facho, mâle ou femelle, voici un petit lexique qui devrait vous aider. Ne me remerciez pas, c'est cadeau.

ADORATION
La groupie dédie toute sa capacité d'adoration à son idole, et aux idoles de son idole. 

BIENVEILLANCE
Un truc de gauchiste, non ? 

COURAGE
Un mot qui ne saurait en aucun cas désigner la groupie. Elle fuit les face à face, les rencontres, et préfère se planquer bien au chaud derrière son écran d'ordinateur. Le clavier oui, parler non.

CULTURE
Ben la culture çà la connaît la groupie ! Jean Roucas, elle aime bien. Dieudonné aussi. Ils sont tellement marrants, pas vrai ? Meuh non ils ne sont pas racistes. Antisémites ? Mais on s'en fout, on rigole... Selon sa tranche d'âge et ses goûts musicaux, la groupie cible un large éventail culturel. Passée la quarantaine elle sera fan de Johnny Hallyday, Michel Sardou et Claude François, des valeurs sûres de la chanson française bien de chez nous. Plus jeune ou plus branchée, elle se délectera des mélodies des Brigandes ou du rap identitaire de Kroc Blanc, In Memoriam et Insurrection (par exemple). Le théâtre ? Oui, bien sûr qu'elle adooore le théâtre ! De boulevard principalement. Faudrait pas non plus lui demander de réfléchir alors qu'elle fait une sortie culturelle hein ? Et si c'est un ersatz de comédie musicale avec des femmes vêtues de plumes et de paillettes qui lèvent la gambette, la groupie mâle passera à coup sûr une super soirée. 

DÉSINFORMATION
La groupie en prend plusieurs par jour, c'est une prescription de son idole. En comprimés, en sirop, et en intraveineuse dans certains cas.

DROITE
Un truc qui fait bien marrer la groupie. Elle s'y retrouve avec des amis moins idolâtres, ils ont tellement d'idées en commun que c'est vraiment sympa, un peu comme un club de lecture.

ÉCLECTISME
Encore un truc de gauchiste, non ?

ÉGALITÉ
Et puis quoi encore ? L'égalité çà se mérite. Manquerait plus que çà, hein ? La groupie ne peut pas être sur un pied d'égalité avec les autres, et encore moins les étrangers. Ils ne sont pas dignes de l'égaler. Parce que la groupie bosse, elle a une famille, elle est française, elle... Bref ! Elle est forcément supérieure.

FRANCE
La groupie l'aime, mais elle la préférait avant, sans tous ces étrangers et ces gauchistes. Elle idéalise le roman français, se noie dans des traditions obsolètes, et ne se projette pas dans l'avenir. Parce que la France finalement, qu'a-t-elle fait pour les groupies ? Son idole va changer tout çà, vous verrez ! 

FRATERNITÉ
Marre de ces trucs de gauchiste !

GAUCHE
La groupie hait la gauche. Toute la gauche, sans distinction. D'ailleurs elle ne les différencie pas les uns des autres, elle s'en fout. 

HARCÈLEMENT
L'une des activités préférées de la groupie. Elle adore harceler les opposants de son idole, cela la détend.

INFORMATION
Vous n'y pensez pas sérieusement ! On enclenche le processus d'information par la pensée,  cela mène fatalement à la réflexion puis à exprimer une opinion, et pour finir on lutte pour sa liberté. De seulement l'envisager, la groupie enclenche la phase d'auto-destruction.

JOUG
Celui que la groupie subit avec adoration et qui ne lui pèse pas.

KEBAB
La hantise de la groupie ! Comme son idole elle voudrait les voir disparaître de sa ville. Mais bon, elle en mange de temps en temps hein ? En cachette, c'est trop bon !

LAÏCITÉ
Késaco ? La groupie ne comprend rien à ce truc de la loi machin chose, mais son idole affirme que c'est une menace directe pour nos traditions chrétiennes, nos enfants, notre style de vie, et même nos mini-jupes... Alors pas question ! 

LIBERTÉ 
Là on touche au cœur même de l'endoctrinement que subit la groupie. Car elle trouve l'extase dans la privation de liberté que son idole fait passer pour une forme de protection contre les vicissitudes du méchant monde extérieur.

MIXITÉ
La groupie mâle se ferait bien une petite étrangère de temps en temps, elles lui plaisent bien. Le goût du péché, sans doute... Mais bon, après il doit aller se confesser au curé, et si elle l'apprend la groupie femelle avec laquelle il vit lui fera une pendule avant de le mettre dehors. Il sera obligé de pleurer dans sa bière ou son pastis au bistrot, et de là il deviendra alcoolo c'est sûr ! Preuve que la mixité çà craint. Alors non merci. La groupie femelle vit dans la peur de l'étranger. Ce sont des dealers, des voleurs, et ils violent les femmes, tout le monde le sait. Alors quand elle en croise dans sa ville elle serre les lèvres, fronce les sourcils, et presse le pas en serrant bien fort son sac contre elle. Parfois elle marmonne quelque commentaire mal aimable, voire même un peu raciste, mais chut ! N'allez pas le répéter. Ces gens-là se vengent, tout le monde le sait... 

NON
La réponse de principe de la groupie à toutes vos demandes. Elle copie son idole.

OPINION
La groupie mâle ou femelle, mais ces dernières sont bien pires, n'a d'autre opinion que celle de son idole.

PENSER 
La groupie ne pense pas par elle-même, elle régurgite la pensée de son idole.

QUICHE
Définition appropriée de la groupie femelle.

RÉFLÉCHIR
Impossible ! Si la groupie se met à réfléchir elle ne pourra plus idolâtrer l'objet de son adoration, il est à craindre qu'elle ne soit en complète perdition.

RESPECT
Inutile d'en attendre de la groupie, elle ne respecte que son idole et ses congénères. 

SACRIFICE
Celui que la groupie fait de son libre arbitre. Elle l'offre à son idole.

TANGENTE
La groupie la prend dès qu'elle n'a plus d'arguments à vous opposer. A chaque échange donc.

UNIFORMISATION
Qualificatif approprié désignant le formatage des groupies.

VIVRE ENSEMBLE
Hein ? Avec qui ? La groupie ne veut vivre qu'avec les autres groupies et tout près de son idole, le reste du monde lui fait peur. Un p'tit couscous de temps en temps, d'accord, mais c'est tout hein ? Sinon elle craint d'être grand-remplacée fissa !

WAGON
La groupie accroche le sien à celui de son idole pour ne pas se perdre en route.

XÉNOPHOBIE
Sentiment de rejet des étrangers qui guide les choix de vie de la groupie.

YAOURT
Qualifie ce que la groupie a dans la tête à la place du cerveau.

ZIRCON
C'est comme la groupie, du toc.

ZOOM
Celui de la groupie est en permanence braqué sur son idole.

Et je finirai sur un mot que la groupie facho ne saurait agréer, parce que de langue arabe, et qui signifie "On y va ! En avant !" C'était le cri de guerre de sœur Emmanuelle, l'admirable religieuse du Caire qui a consacré sa vie à aider les plus démunis. YALLAH !!! 

jeudi 26 décembre 2019

LES BOULES DE NOËL



Accrocher des boules sur un sapin de Noël fait partie d'une longue tradition et demande un certain savoir-faire. Il ne s'agit pas d'en suspendre ici ou là au hasard, la subtilité de la chose exige un sapin visuellement équilibré entre les boules, les guirlandes lumineuses et autres décorations de Noël dont le choix varie selon les pays, les régions et les familles. Avec bien entendu le petit grain de fantaisie qui vous distinguera de vos congénères... Ou pas. Tradition oblige, chacun a dans la tête et dans le cœur son propre arbre de Noël. L'important étant d'éviter... les boulettes ! Et c'est là que çà coince. 

A Beaucaire, comme dans quasiment toutes les villes de France, le sapin de Noël se dresse plus ou moins fièrement sur la place de la mairie. Plus ou moins, pourquoi ? Eh bien chaque année ou presque, et c'est un mystère qu'aucun beaucairois n'a encore résolu, il penche ! Et depuis ces cinq dernières années, comme il se doit pour une ville gérée par le Rassemblement National, il penche à droite. Mais vraiment très très à droite... Tellement à droite que chaque matin en arrivant sur la place je crains de le retrouver jeté à terre par le mistral, des vandales ou la malchance. En l'examinant de près, et en prenant la peine d'en faire le tour pour n'en manquer aucun détail, j'en suis arrivée à la conclusion qu'il penche en raison de la taille des boules. Lesquelles sont de surcroît suspendues au hasard, sans aucune harmonie. Nous passerons sur les guirlandes lumineuses installées avec autant d'imagination qu'un rideau de douche, et sur le choix des couleurs, rouge et argent, auxquelles le maire n'a probablement pas ajouté le bleu si cher à son coeur pour s'épargner les quolibets des beaucairois. Dommage ! J'étais toute prête à en sortir quelques-uns, me voilà déçue... 

Ne me restent que les boules du maire pour étancher ma propension naturelle à l'ironie. N'allez pas y voir un quelconque esprit tordu, mauvaises langues que vous êtes ! Ce sont bien ses boules puisque c'est sa ville. Du moins trois mois encore... Ensuite, avec un peu de chance nous fourrerons le pèlerin frontiste dans la diligence, direction la capitale... Ou pas. Bref ! Donc je constate, preuves photographiques à l'appui, que les boules du maire sont comme sa tête : elles ont dangereusement grossi ces cinq dernières années, au point de mettre notre sapin en péril. Comme notre ville, me direz-vous, et sur ce point je ne saurais vous donner tort. Il reste que l'ornement traditionnel menace les passants, les enfants du conservatoire, et même les voitures qui se garent à quelques mètres. Et nous ne parlerons pas des forains du marché bi hebdomadaire, des chiens et des chats errants, des pigeons... Mais surtout je crains qu'il ne finisse par s'effondrer pour de bon sur notre maire s'il lui prend la fantaisie de passer à proximité, pour venger les pins du canal arrachés peut-être ? Les Ents (1) veillent sur la Terre des Hommes, méfi ! 

Noël devrait être pour tous un moment d'espoir, de bonheur et de paix. Mais il est à craindre que pour Julien Sanchez ce ne soit qu'une période de doute et de sombres présages. C'est clair, il l'affiche sur la place même de la mairie qu'il est censé gérer : il a les boules. Et chacun sait que celles de Noël sont toujours plus difficiles à digérer.

Notes
  • Ents : êtres de fiction de l'univers de la Terre du Milieu créé par l'écrivain britannique J. R. R. Tolkien. Ce sont les esprits de la forêt, des créatures à l'apparence d'arbres.  Ils ne prennent pas de décisions rapides et sont lents de tempérament, mais peuvent être des adversaires redoutables 

jeudi 19 décembre 2019

BOOSTER DE VIE


Une ville peut survivre aux horreurs et aux destructions d'une guerre. Elle peut surmonter une crise économique en réorientant ses choix et la destination de ses commerces. Elle a les moyens de redonner vie à des quartiers laissés à l'abandon et celui d'en créer de nouveaux pour répondre aux besoins d'une population croissante. Elle peut s'adapter à des vagues d'immigrations et intégrer ces nouveaux arrivants dans son propre mode de fonctionnement sans léser quiconque. Mais elle ne se relève pas d'avoir acté l'abandon de sa jeunesse. Fort heureusement nous avons la chance d'avoir à Beaucaire plusieurs structures qui apportent aide et soutien à de nombreux beaucairois. L'Espace de Vie Sociale Booster est la dernière née de ces charpentes sociales qui ouvrent à une population en demande les portes d'une vie meilleure.

Comme ses consoeurs, l'EVS les 4 A et CEFAE, Booster offre au public un éventail d'ateliers qui vont d'une aide aux devoirs à l'apprentissage du numérique en passant par un accompagnement socioprofessionnel et une aide à la création d'entreprise, sans oublier des ateliers d'alphabétisation pour les personnes d'origine étrangère. leurs ateliers se destinent à la jeunesse beaucairoise autant qu'aux seniors ou aux nombreux beaucairois en difficulté sociale. La formidable équipe qui a fondé Booster s'est fondée sur des années d'expérience au contact des jeunes et de leurs familles, leur amour de leur ville et leur volonté d'apporter des solutions aux problématiques de leurs concitoyens, d'être dans le concret. Le concret cela connaît bien Yoann Soum, Sofiane Carleta et Driss Himmes, trois beaucairois engagés dans le monde sportif (Futsal et Football) depuis de nombreuses années. Ils ont acquis au fil du temps les compétences pour encadrer et former les jeunes footballeurs, désormais ils accompagnent également les familles, les personnes en difficulté et les nouveaux arrivants. Ne pas rester spectateurs et agir, là résidera sans aucun doute le succès de leur beau projet !

Nombreux sont les beaucairois bénévoles qui apportent leur aide à l'animation des divers ateliers, et à voir leurs sourires épanouis on devine sans peine qu'ils en retirent de grandes satisfactions sur le plan personnel. Je garde en mémoire d'autres sourires, mais aussi des larmes, ceux des intervenants de la Maison du Vivre Ensemble Ferdinand Buisson dont la municipalité frontiste avait acté la chute en les virant purement et simplement de leurs locaux en janvier 2015. Un très mauvais souvenir que cette fermeture, qui me fait d'autant plus apprécier l'existence et l'engagement social de celles qui ont suivi et qui sont désormais bien ancrées dans la vie beaucairoise. Assister à l'inauguration de la petite dernière était un vraie joie, l'EVS Booster est plus que bienvenue dans le paysage social beaucairois.

En poussant les portes de l'EVS Booster tout beaucairois, quels que soient son âge et sa situation sociale, est assuré de trouver un accueil chaleureux, un bon café, une écoute attentive et de réelles compétences. Et dans notre société actuelle cela n'a pas de prix. Merci Booster !

Ateliers EVS Booster

  • Emploi : documentation, information et orientation, e-space numérique, chantiers d’insertion, commerce solidaire
  • Famille : assistance numérique aux démarches administratives, médiation pour tous, ateliers sociolinguistiques, lutte contre la radicalisation (notamment numérique)
  • Jeunesse : accompagnement à la scolarité, médiation à proximité des collège, création d’une maison des jeunes.

jeudi 12 décembre 2019

SAVOIR OU NE PAS SAVOIR


Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans notre monde ? On assiste depuis quelques années à une recrudescence d'actes violents, allant de l'agression au meurtre, en passant par des attentats qui n'émeuvent pas plus que cela l'opinion publique. Car c'est bien connu, juifs, arabes, noirs, asiatiques, homosexuels, transgenres (et j'en oublie !) si quelque chose leur arrive c'est que d'une manière ou d'une autre ils ou elles l'ont cherché. Pour les citoyens lambda qui cèdent à la haine et à leurs peurs, ces personnes que désigne leur vindicte au gré de l'actualité ou de leurs humeurs ne peuvent en aucun cas être totalement innocentes. Il y a forcément chez elles, chez eux, quelque chose qui justifie ce qu'ils subissent. Les idéologies qui sèment la haine fleurissent et s'épanouissent, et si peu est fait pour les stopper... Quand l'exemple ne vient pas du sommet, à quoi peut-on s'attendre ?

Face à cette haine et ces comportements nauséabonds qui se multiplient dans notre pays comme dans tant d'autres, nous, associations antiracistes, nous efforçons d'alerter nos concitoyens sur ces dérives insupportables qui gomment toutes les victoires du vivre ensemble et de l'égalité des dernières décennies. Sans grand succès. Ces derniers temps nous tirons la sonnette d'alarme quasiment chaque jour, et chaque fois nous savons que cela n'arrêtera pas l'horreur de cette pollution de notre société par la haine et la violence. Aujourd'hui les réseaux sociaux révèlent en direct et au grand jour tout ce dont l'humanité est capable. Il n'est plus possible en 2019 de se cacher, tout le monde fouille, tout le monde creuse, tout le monde filme et photographie ses semblables ! Tout est balancé sur le net à une allure à laquelle nous n'aurions jamais cru pouvoir prétendre quelques vingt années en arrière, le pire comme le meilleur. Et malheureusement c'est le pire que nous tentons d'enrayer. En vain.

Mais comment espérer que les français, pour ne parler que d'eux, se reprennent et retrouvent une conscience humaniste autant que citoyenne quand nos propres dirigeant sont incapables de leur donner l'exemple ? Je ne parle pas ici de corruption, d'affaires en tous genres ou de paradis fiscaux. Non. Je vous parle de probité morale, de valeurs citoyennes et républicaines, de respect et d'égalité pour tous. Ce qui signifie, entre autres choses, de nous épargner de pitoyables tentatives de manipulation sur Twitter pour sauver les meubles quand par exemple le Président de la République merde quelque part... Par sa faute ou celle de son entourage, peu importe, le fait est que certains actes sont irrattrapables. Comme le fait de donner une très longue interview à Valeurs Actuelles. Ou celui de poser tout sourire avec Elie Hatem lors de la soirée donnée à l'Elysée à l'occasion de la remise de la Légion d'Honneur à Jean-Paul Belmondo, Robert Hossein et Ralph Lauren. Si les photos avec le Président de la République sont en effet d'usage lors de ces soirées, on ne saurait trop suggérer à ce dernier de réfléchir un tantinet avant de se livrer à l'exercice. Car en l'occurrence il ne s'agit en rien d'un invité ordinaire ! Son pedigree donne envie de vomir bien plus que d'applaudir...

Elie Hatem est un avocat franco-libanais (il a notamment défendu le mercenaire Bob Denard) qui a été membre du comité directeur de l’Action française pendant plusieurs années. C'est un ardent défenseur des théories antisémites de Charles Maurras (1868-1952) et un admirateur de Pétain. C'est également un ami de Jean-Marie Le Pen, un proche de toute la nébuleuse familiale et de la plupart des figures historiques du Rassemblement National. Il a participé à plusieurs rassemblements organisés par les catholiques intégristes de Civitas, et il a des liens avérés avec Alain Soral, Hervé Ryssen, Yvan Benedetti et Jérôme Bourbon, tous quatre connus (et parfois condamnés) pour leurs propos négationnistes (voir notes). Elie Hatem fréquente donc assidûment la lie identitaire, et il ne rechigne pas à exposer et défendre les théories maurrassiennes lors de conférences organisées par ses amis de la fachosphère. Il suffit de taper le nom de ce personnage sulfureux sur un moteur de recherche pour avoir accès à son curriculum vitae. Facile me direz-vous ? Eh bien non ! Pour la Team Progressistes qui prétend sur son compte Twitter "soutenir l'action de ceux qui croient en la démocratie, aux libertés, en France et en Europe, contre les xénophobes et europhobes" en gros l'Elysée ne savait pas qui était Elie Hatem. Sans blagues ! Je vous laisse savourer leur argumentaire bidon digne de la maternelle...


Argumentaire auquel j'ai répondu. Parce qu'il importe que certaines choses soient dites clairement. A savoir que les curriculum vitae des invités de ce type de soirée, qu'elle ait lieu à l'Elysée ou dans un ministère (ou tout autre lieu de la fonction publique), sont soigneusement épluchés. Il faut se conformer à une procédure de recherche menée par les services compétents, lesquels n'auraient pas traité cela à la légère. Il y a donc un aval donné quelque part entre l'invitation et l'autorisation. On n'entre pas si facilement au Palais de l'Elysée, en principe. Mais il semble que se réclamer de l'extrême-droite garantit désormais un blanc seing à quiconque sait tirer les bonnes ficelles...


Les associations antiracistes ont appelé en 2017 à voter contre Marine Le Pen. Faire barrage à l'extrême-droite était tout ce qui nous importait, il ne fallait pas que l'histoire se répète et aucun de nous n'a failli à ce devoir républicain. Mais aujourd'hui nous avons la sensation d'avoir été floués. Il n'est pas certain que nous le referons. La République est sur la mauvaise pente, elle glisse, guettée par de nombreux ennemis impatients de danser sur sa tombe. Alors qui sauvera notre démocratie ? Qui portera haut nos valeurs républicaines ? J'ai beau chercher, je ne vois pas... Tomber de Charybde en Scylla ne sera jamais la solution. Et pendant ce temps-là l'extrême-droite se frotte les mains.

Notes
  • Alain Soral (FN > Egalité & Réconciliation) 25 condamnations pour antisémitisme, négationnisme et incitation à la haine raciale
  • Hervé Ryssen (FN > MNR > Unité Radicale) 10 condamnations pour antisémitisme, négationnisme, homophobie et menaces de mort
  • Yvan Benedetti (L'Oeuvre Française > Jeune Nation > PNF) 1 condamnation pour la non dissolution de l'Oeuvre Française
  • Jérôme Bourbon (FN > l'Oeuvre Française > directeur de Rivarol) 9 condamnations pour incitation à la haine raciale, antisémitisme et négationnisme 

dimanche 24 novembre 2019

POROSITÉ, ALLIANCE ET COMPROMISSIONS


De la porosité à l'alliance il n'y a qu'un pas ! Certains candidats Les Républicains aux municipales le franchissent aujourd'hui allègrement, en s'appliquant à normaliser l'extrême-droite pour servir leurs ambitions politiques. Il est probable que cela leur donne bonne conscience, car à moins d'être devenus idiots ils ne peuvent nier ce que représente le Rassemblement National. Ils choisissent donc de s'allier au pire de l'échiquier politique, tirant sans états d'âmes un trait sur les combats du passé pour enrayer la menace fasciste. Et faisant corps désormais avec cette menace.

Pour conserver son ancrage local la droite en perdition se délite ouvertement, et concrétise par ses prises de position une dangereuse porosité avec l'extrême-droite, faisant siennes les idées liberticides et antirépublicaines du Rassemblement National au risque de mettre notre nation en danger. Clairement, elle entend redresser la barre en s'acoquinant publiquement avec les voyous de la République qui fondent l'extrême-droite la plus radicale. Les ambitions municipales des uns serviront les intérêts territoriaux des autres, jusqu'à ce que l'on ne sache plus très bien qui est qui tant leur gémellité idéologique s'affirmera jour après jour. 

Car s'il est un constat que l'on peut faire, et qui est à la portée de tous ceux qui s'engagent dans la bataille des municipales, c'est qu'il n'y a plus guère de différences entre Les Républicains et le Rassemblement National. Il suffit de mettre certains sujets polémiques sur le tapis pour que les propos dérapent et que s'affichent franchement racisme ordinaire et volonté de mettre bas la laïcité au nom d'un roman national chrétien fantasmé. Et si vous fermez les yeux vous ne saurez plus qui s'est exprimé le plus odieusement des uns ou des autres... Incroyable ? Pas tant que cela. Les militants antiracistes dénoncent cette porosité depuis plusieurs années, cette alliance affichée n'est donc qu'une demi surprise. Si elle provoque un sursaut de dégoût et déçoit, elle était néanmoins attendue d'une échéance électorale à l'autre. 

On ne peut bien entendu faire de bilan sur la droite sans en faire de même pour la gauche. Mais quelle gauche ? Elle est tellement désunie et affairée à sauver les meubles qu'une partie de ses éléments ont foncé tête baissée dans le piège du populisme, de bonne foi et sans vouloir admettre les dérives qu'ils cautionnaient par leur engagement. L'espace politique et sociétal se retrouve ainsi encombré de personnes qui ont porté, et portent encore, des avancées sociales et républicaines au nom de l'égalité des droits, mais qui désormais hurlent avec les loups de cette extrême-droite honnie, aveuglés par la même haine du système et résolument accrochées aux œillères généreusement fournies par leurs leaders et autres maîtres à penser. Là aussi, tout comme à l'extrême-droite, la liberté d'expression n'est qu'illusion démagogique que l'on vous sert en hors d'oeuvre pour mieux vous faire avaler le plat de résistance qui n'était pas inscrit au menu lorsque vous vous êtes assis à la table. La tentation est si grande d'oppresser, de diriger, de trancher des têtes, de se noyer avec les autres en se persuadant que l'on ne risque rien... Trop peu nombreux sont ceux qui refusent de plonger et défendent farouchement leur libre arbitre quand tant d'autres prétendent garder le leur, convaincus par leurs propres mensonges. 

On remarquera d'ailleurs qu'à droite comme à gauche les mêmes arguments et les mêmes ressorts sont brandis pour vous faire taire si vous osez affirmer qu'ils sont dans l'erreur ou pointer du doigt leurs dérives. Coïncidence ? Non. Il n'y a pas de hasard. Quand vous allez trop loin, d'un côté comme de l'autre, vous dérapez forcément un jour ou l'autre, c'est inéluctable et l'histoire l'a maintes fois prouvé. Les meilleures intentions du monde ont accouché des pires dictatures, et selon que vous vous trouviez d'un côté ou de l'autre de la barrière, vous serez agresseur ou victime. Mais foin d'illusions ! Les agresseurs demeureront toujours ce qu'ils sont, et vous asseoir à leur table n'en fera pas moins de vous des victimes.

Quid de nos jolies villes de province dans cette configuration cauchemardesque ? Malgré les sursauts républicains des uns et des autres l'extrême-droite renforce son ancrage local, elle se donne les moyens de ses ambitions et continue d'avancer, inexorablement. Ne pensez pas que ce qui se passe ailleurs n'aura pas de répercussions dans nos villes. Dès lors que l'on normalise ce qui ne devrait jamais l'être, on ouvre la porte à toutes les compromissions. Comme en amour, le plus douloureux c'est la première fois, après çà passe tout seul et l'on atteint la jouissance... Les Républicains ont ouvert la voie, certes, mais nul doute que nous verrons d'autres partis ou mouvements pactiser avec le diable pour s'accrocher au pouvoir ou le reconquérir. Les compromissions des uns et des autres donnent déjà de sérieux coups de canif dans le contrat républicain ici ou là, et les municipales s'annoncent compliquées pour les électeurs qui ne sauront plus très bien pour qui voter. Quand vous défigurez le paysage politique c'est un risque à prendre.

Alors d'aucuns vous diront que ce n'est pas si grave, qu'il vaut mieux cela que des affrontements qu'ils considèrent comme une perte de temps (ils entendent par là une perte de voix) qu'au nom de la démocratie on doit laisser toute sa place au Rassemblement National et consorts. Je leur répondrais qu'au nom de la démocratie justement, on ne peut pas, on ne doit pas, accorder un droit d'existence et de parole à des partis notoirement antirépublicains. Quels qu'ils soient, et quelle que soit leur tendance politique. En France notre vieux système c'est un peu les écuries d'Augias, la bouse s'est étendue dans les moindres recoins du territoire, et pour le nettoyer il faudrait qu'y débordent tous nos grands fleuves. En priant pour que tous les antirépublicains soient ainsi emportés par les eaux. Les survivants, s'il y en a, pourraient ainsi redémarrer en partant de zéro et en portant la République à bout de bras. Pour l'heure c'est tout le contraire. Certains partis politiques ne se conduisent pas mieux que des proxénètes, la République est pour eux une pute de luxe sur le labeur de laquelle ils enrichissent leurs magots. Quand elle sera usée par les scandales, les compromissions, les détournements d'argent, les atteintes à la laïcité et les attentats perpétrés par ses propres enfants, ils la jetteront et en adouberont une autre, plus jeune et plus résistante. Avec laquelle ils pourront cette fois faire bombance sans craindre d'être remisés au placard.

Voilà très exactement où nous en sommes. Vous je ne sais pas, mais moi cela me donne la nausée.


Note
Cette configuration ne concerne pas Beaucaire

dimanche 10 novembre 2019

Poppy Day : La Mémoire Vive


La mémoire des hommes est ainsi faite qu'elle laisse s'échapper des souvenirs trop encombrants, trop lourds à porter, ou simplement trop douloureux à commémorer. On constate ainsi que celle des français devient incroyablement sélective dès lors qu'il s'agit de certains pans de notre histoire. Relégués quelque part au tréfonds de leur mémoire, ils ne voient pas l'utilité de les sauvegarder et plutôt que de les transmettre aux nouvelles générations pour leur en faire toucher l'importance, ils choisissent de s'en débarrasser. En France les commémorations du 11 novembre ne mobilisent pas grand-monde. Des anciens combattants français de la Grande Guerre recensés et enregistrés, il n'en reste plus un seul pour raviver notre intérêt défaillant. Bien sûr quelques-uns parmi nous se rendent aux commémorations officielles dans leurs villes et villages, d'autres regardent à la télévision le Président de la République fleurir la tombe du soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe, mais pour la très grande majorité des français le 11 novembre est un jour férié qui ne se distingue en rien de tous les autres. Les nouvelles générations ne s'attardent pas sur cet épisode sanglant pourtant étudié en cours d'histoire, très peu abordent le sujet avec leurs parents qui ne sont d'ailleurs guère plus intéressés. Et c'est dommage. Notre histoire nous construit, elle fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui et apporte de nombreuses réponses aux problématiques de notre société moderne si encline à s'indigner de tout et très souvent de rien. Remettre les faits en perspective par le biais de l'histoire permet pourtant de les recentrer sur ce qui importe : faire société et tirer du passé les leçons qui s'imposent.

Rencontrant un couple d'amis anglais dont le bateaux est amarré quai de l'écluse, à Beaucaire, depuis de nombreuses années, je remarquai pour la première fois que lui portait épinglé sur sa veste, côté cœur, une fleur de laine rouge. A y regarder de plus près je vis qu'il s'agissait d'un coquelicot, et ils m'expliquèrent sa signification. En Grande-Bretagne on ne se contente pas de commémorer le jour de l'armistice, un appel est lancé pour récolter des fonds destinés aux familles de tous les soldats et civils morts en servant leur pays pendant la Première Guerre Mondiale, mais aussi aux blessés qui en sont revenus. Et le temps écoulé n'y change rien, la solidarité continue et s'étend à tous ceux qui sont victimes des conflits qui ont suivi. Comme en France, certes, mais l'esprit est différent. Le port du coquelicot (poppy en anglais) trouve son origine dans un très beau poème rédigé par le lieutenant-colonel canadien John McCrae pour les funérailles d'un ami tombé à la terrible bataille d'Ypres, en Belgique. Or il se trouve que le coquelicot fleurissait sur le bord des tranchées et sur les tombes des soldats, un phénomène rapporté dès les guerres napoléoniennes. Si remuer la terre en la creusant accélère la levée des graines en dormance, nul doute que l'abondance du sang versé y contribue également. Fleur fragile et délicate mais néanmoins obstinée, le coquelicot s'ancre dans les sols de souffrance pour honorer la mémoire des soldats qui y reposent... Le port du coquelicot est chaque année un appel aux dons lancé par la Royal British Legion en Grande-Bretagne et dans les pays du Commonwealth, pour soutenir les familles des soldats morts ou blessés au combat. 

Mais il est pour les anglais bien plus que cela. Hommes et femmes portent le "poppy" au revers de leurs vestes avec fierté, reconnaissance et tristesse. Ils honorent tous ces hommes partis pour la Grande Guerre dont tant ne sont jamais revenus. Fierté pour leur courage, reconnaissance pour le don de leurs vies, tristesse quand ils évoquent toutes ces vies abîmées, brisées, et ces villages entiers demeurés sans hommes à la fin de la guerre. Ce couple d'amis était ce matin au marché, avec un autre couple anglais dont le bateau est également amarré depuis quelques mois dans le port de Beaucaire. Elle, ne pouvant les trouver en France, avait réalisé au crochet les poppies qu'ils arboraient tous les quatre. L'émotion faisait vibrer leurs voix tandis qu'ils me parlaient du Poppy's Appeal et de l'importance que revêt pour eux et leurs concitoyens cette période de commémoration qui s'étire chaque année de fin octobre au second dimanche de novembre. Des larmes ont brillé dans leurs yeux comme ils évoquaient tous ces morts dont quasiment chaque famille porte le souvenir... 

Et là je me suis interrogée : pourquoi les français sont-ils si peu intéressés par la commémoration de notre histoire commune ? En France aussi des hommes et des femmes sont morts pendant cette guerre, pour tant d'entre eux fauchés en pleine jeunesse. Si rares sont ceux qui ont regagné leurs domiciles sans en porter les blessures ou les stigmates, cela ne se peut, ne se doit pas oublier. A cet égard il convient de signaler le remarquable travail de recherche de Cyrille Vivarelli, archiviste de notre intercommunalité qui a redonné vie dans son ouvrage, "Ceux de Beaucaire, morts pour la France 1914-1918", aux 231 Beaucairois victimes de la Grande Guerre. D'autres certainement ont comme lui de par la France fait oeuvre de mémoire, laissant ainsi une trace de ces existences brisées pour les générations futures, on ne saurait trop les en remercier. Si l'emblème choisi par la Grande-Bretagne pour les honorer est le coquelicot, il existe en France le bleuet, cette fleur sauvage qui fleurit elle aussi sur les bords des tranchées et sur les tombes. En 1972 je venais d'arriver en France, en Normandie, je me souviens parfaitement combien j'étais intriguée de voir tous ces hommes qui portaient le bleuet avec fierté. J'avais interrogé mon oncle, ancien combattant de la guerre d'Indochine, sur son origine, son histoire, et je n'ai jamais oublié... Mais vous, depuis quand ne l'avez-vous pas revu dans vos villes et villages ? Qui porte encore le bleuet, symbole aujourd'hui des deux guerres qui ont détruit tant de vies ? A contrario du Poppy bien vivace qui rapportait par exemple 49,8 millions d'euros en 2013, le Bleuet n'en rapportait que 1,1 million la même année ! Ces chiffres le confirment, perpétuer la mémoire de celles et ceux qui ont donné leurs vies pour la France n'éveille pas l'intérêt des français. Le bleuet est hélas tombé en désuétude, pendant que la mémoire de leurs descendants sombrait dans l'oubli et l'indifférence.


"In Flanders Fields" - John McCrae
Texte original
In Flanders fields the poppies grow
Between the crosses row on row,
That mark our place ; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.

We are the dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved and now we lie
In Flanders fields.

Take up our quarrel with the foe:
To you from failing hands we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields.

Traduction littérale
Dans les champs de Flandre, les coquelicots fleurissent
Entre les croix qui, une rangée après l'autre,
Marquent notre place ; et dans le ciel,
Les alouettes, chantant valeureusement encore, sillonnent,
À peine audibles parmi les canons qui tonnent.

Nous, les morts, il y a quelques jours encore,
Nous vivions, goûtions l'aurore, contemplions les couchers de soleil,
Nous aimions et étions aimés ; aujourd'hui, nous voici gisant
Dans les champs de Flandre.

Reprenez notre combat contre l'ennemi :
À vous, de nos mains tremblantes, nous tendons
le flambeau ; faites-le vôtre et portez-le bien haut.
Si vous nous laissez tomber, nous qui mourons,
Nous ne trouverons pas le repos, bien que les coquelicots fleurissent
Dans les champs de Flandre.

Merci à Kevin et Barbara Hancock, ainsi qu'à leurs amis "I love you my dear friends"