Donc toi, en fait, t’es juste un oiseau migrateur ! Un genre de cigogne censée nous délivrer la bonne parole, emballée dans un couffin inoffensif. Un truc au long bec et aux dents longues. Une espèce encore méconnue, mais que je ne me lasse pas d’étudier. Tu as migré sur Beaucaire il y a de ça onze ans, et tu y es devenu semi sédentaire. Semi, parce que tu n’as cessé de voleter à travers la France pour diffuser ta conception de ce que devrait être la vie parfaite des autres oiseaux. Accompagné d’un vol quasi permanent de corbeaux portant cravate, et d’une vague d’étourneaux malhabiles et bruyants, et d’un bon nombre de vautours affamés. A ta décharge, tu as mis une certaine animation dans Beaucaire, en réveillant les oiseaux endormis. Ceux qui somnolaient après avoir ripaillé, et qui n’ont pas pris conscience du danger que tu représentais. Quand ils ont ouvert les yeux après avoir pris le temps de lisser leur plumage, il était trop tard. Tu avais fait ton nid sur le toit de la mairie, et tu n’avais pas l’intention de te barrer de sitôt !
Puis tout à coup, après dix ans d’un prétendu bonheur beaucairois, tu as répondu à l’appel de l’autre oiseau. Un bon gros dodo bien engraissé. Tu sais, de cette espèce si rare, qu’à Strasbourg ou Bruxelles on ne le voit jamais. Et tu t’es envolé pour le Parlement Européen, où tu volètes dans les couloirs jusque tard dans la nuit, et caquètes avec tes congénères. D’autres cigognes, des corbeaux, quelques vautours et grues cendrées arrogants. Et tu t’es adapté. Un nid ici, un nid là-bas, des voyages au fil des rails à n’en plus finir. Revenant toujours vérifier que ton poussin malhabile faisait le job bien comme tu le lui avais appris, et gardait ton nid beaucairois. On te pensait parti pour t’installer définitivement dans ta nouvelle vie. Que tu mettrais un terme à tes envies de migration. Mais découvrir de nouveaux horizons, on dirait que c’est ton truc, pas vrai ? Et là, j’apprends que tu t’es envolé de nouveau. Que tu accours à tire d’aile du Parlement Européen à Nîmes. Te découvrant un coeur de nîmois fier de sa ville. Sauf que ce n’est pas la tienne ! Tout comme Beaucaire ne l’a jamais été. Quand bien même tu aurais retourné les plumes de nombreux oiseaux égarés et trop confiant, ici tu n’as jamais été chez toi. Remarque, moi non plus. Mais je suis d’une toute autre espèce, de celle qui dévore les volatiles imprudents. Et cela d’où qu’ils viennent.
Va falloir que tu claques du bec sacrément fort pour te faire entendre ! A Nîmes, ya des tas d’oiseaux sédentaires. Des races locales qui n’ont pas l’intention de lâcher leur nid. Et ceux qui ambitionnent de faire le leur à la mairie, ne vont pas te faciliter le travail. Quand bien même tu mentirais comme un arracheur de dents sur ton programme pour les embarquer dans tes envies migratoires, ce n’est pas gagné. Et c’est tant mieux ! D’autant qu’avec toi, c’est encore une fois un vol de corbeaux et de vautours qui vont s’abattre sur la cité romaine. Méfi ! Ils vont lâcher les taureaux, et tes oiseaux et toi risquez d’y perdre des plumes. De quoi auras-tu l’air sans ton beau plumage ? Tu feras tristoune, moi j’te le dis. Tu pourras toujours t’envoler pour une autre ville, genre Paris. Tant que tu emmènes tes corbeaux, tes vautours et tes étourneaux avec toi, tu fais comme tu le sens. Cela dit, ce ne serait pas terrible pour ton image de déployer tes ailes encore une fois. Mais quand ça vous démange, et qu’il y a plus à becqueter ailleurs, c’est difficile de résister. Oiseau migrateur un jour, oiseau migrateur toujours. J’te dis pas bon vent, hein ? Moi j’attends que tu te pètes les ailes.

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