vendredi 29 juin 2018

DÉNI DE DÉMOCRATIE


Il y a des jours avec et des jours sans... Des jours où l'on supporte plutôt bien l'ambiance beaucairoise plombée par une gestion municipale sans aucune vision pour la ville, où l'on se dit que ma foi croiser un identitaire ou deux pimentera une journée trop tranquille, que finalement il fait bon vivre à Beaucaire et qu'on ne s'installe pas dans le sud pour se pourrir la vie ! Et puis il y a des matins où l'on sait en se levant que la pilule ne passera pas. Quand la potion que l'on vous force à avaler est pire que la maladie elle-même l'on est en droit de craindre le pire, et dans notre ville le pire n'est jamais très loin de se produire.

L'exercice de la démocratie locale pourrait être simple, transparent, accessible à tout un chacun. Et c'est le cas dans la plupart des villes de France, sauf dans celles gérées par l'extrême-droite en général et le Rassemblement National en particulier. Quid du terme "rassemblement" dans ce parti politique qui ne sait que diviser et qui prospère sur les peurs et les mensonges ? Nous vivons ces divisions quotidiennement dans notre ville, et les conseils municipaux sont la plupart du temps sources de tensions autant que de colère. Parce que clairement Julien Sanchez et son équipe de guignols nous prennent pour des abrutis, prêtant à tous leurs opposants leurs déplorables façons de faire et les défauts qui sont les leurs. Nous exprimons une réalité, ils nous accusent de mentir. Nous critiquons des projets, ils nous reprochent de ne pas nous investir pour la ville. Nous questionnons, ils affirment que nous créons des polémiques. Et bien entendu lorsque nous demandons des documents que le Code des Collectivités Territoriales leur impose de communiquer à leurs administrés, ils nous les refusent au prétexte de vouloir protéger des employés municipaux. Leitmotiv destiné à lasser l'opposition qu'il brandit en toute occasion, s'abritant derrière plutôt que d'affronter ses responsabilités.

A cet égard l'attitude de Julien Sanchez face aux élus d'opposition pose sinon la question de la légalité celle de la démocratie. En refusant d'ajouter à l'ordre du jour une question proposée par un conseiller d'opposition il se met en mauvaise posture. Le Code des Collectivités Territoriales et l'Association des Maires de France s'accordent à dire que si le maire est seul maître de l’ordre du jour celui-ci doit se concilier avec le droit de proposition des conseillers municipaux. Et que le maire peut permettre que soit débattue une question ne donnant pas lieu à délibération. Ce qu'il refuse systématiquement quand le sujet abordé le met d'évidence mal à l'aise. Qu'un conseiller municipal, concitoyen apprécié et respecté , n'ait d'autre choix pour se faire entendre que grimper sur une chaise et haranguer les élus en brandissant avec humour un drapeau canadien est en soi inconcevable et inacceptable. Mais à Beaucaire si votre voix ne couvre pas la cacophonie des élus de la majorité mêlant injures, moqueries et menaces, mieux vaut faire preuve d'imagination pour se mettre au-dessus de la mêlée.

La démocratie à l'épreuve du Rassemblement National ferme des portes au lieu de les ouvrir, cadenasse la gestion municipale pour en dissimuler les erreurs et les manquements, muselle l'opposition municipale comme citoyenne, et de manière générale entend jeter un voile sur son exercice au lieu de l'ôter. Ainsi la transparence est un mot qui ne fait pas partie du vocabulaire de Julien Sanchez, pas plus que de celui de ses colistiers. Avides de s'emparer du plus petit pouvoir, une fois qu'ils le tiennent ils en usent et en abusent en se riant de quiconque prétend les en empêcher, rabaissant les citoyens à quantité négligeable et corvéable à merci ! Le pire étant que certains s'en accommodent quand ils ne s'en félicitent pas carrément, persuadés en leur for intérieur de servir une noble cause en leur accordant le blanc seing qu'ils réclament chaque fois qu'ils sont sur la sellette. 

Je ne reviendrais pas sur le déplorable épisode vécu ce matin en conseil municipal, il a été largement débattu et décortiqué par les intéressés. Le fait de voir les oppositions municipales s'unir dans un même élan face à ce déni de démocratie et quitter la salle du conseil après le vote du huis-clos m'est une source d'intense satisfaction. A Julien Sanchez qui les croit usées par quatre ans de sa prétendue gestion en bon père de famille il revient de prendre en considération qu'il n'en est rien. Il en va ainsi de l'autocratie, elle génère plus de courage et de détermination pour y mettre un terme qu'il ne se plaît à le croire. Qu'il se moque donc et brasse du vent comme il sait si bien le faire, nous qui nous opposons savons ce que nous avons à faire et nous le ferons. La voie vers la liberté est enfin ouverte.

dimanche 10 juin 2018

MÉDINE AU BATACLAN


J'écris depuis aussi loin qu'il m'en souvienne. A quatre ans je savais lire et écrire, à huit ans j'ai dévoré Les Gens de Mogador parce que les livres pour enfants m'emmerdaient, au même âge j'ai plongé dans la poésie de Ronsard, du Bellay et Prévert, découvert les odes, les lais, les alexandrins, en même temps que j'apprenais à aimer la musique, le sens des paroles, l'origine des styles, leur destination... Que ceux qui n'y comprennent rien me pardonnent, mais j'adore le rap ! Le rap intelligent, celui qui joue avec les mots et qui les rythme avec un son qui vous fait vibrer, le rap qui crache le mal de vivre, l'injustice, les blessures, mais aussi la tolérance et l'amour des autres. Ce rap là s'écrit dans toutes les langues, il est porteur de messages qu'il suffit de bien vouloir écouter et décrypter. Ce devrait être chose aisée puisque ma langue, la vôtre, est riche et belle. Elle nous offre un mot pour chaque moment, chaque sentiment, chaque douleur, elle nous permet d'exprimer nos passions, nos engagements, nos coups de gueule, avec exigence et raffinement. Hélas bien peu savent vraiment la lire, c'est-à-dire en comprendre le sens et les subtilités. Et je la vois si souvent dévoyée, maltraitée, mal aimée, que c'en est une vraie souffrance. Laquelle se change en colère lorsque ce sont des personnes publiques, politiques pour la plupart, qui s'en servent pour faire passer des messages d'intolérance et de haine envers ce qu'ils ne comprennent pas.

Ces derniers jours le hashtag #PasDeMédineAuBataclan prend de l'ampleur sur les réseaux sociaux, lancé par l'extrême-droite bien sûr, mais également alimenté par une certaine droite qui ne sait plus où poser les limites de la décence. La course aux voix ne justifie pas que l'on écrive tout et n'importe quoi, ni que l'on se laisse abuser par des discours de rejet sans fondement. Si l'on ne sait pas lire sa propre langue on a au moins la décence de se taire. Mais qui fera taire des hommes et femmes politiques qui se disputent l'intérêt des médias ? Qui saura dire STOP à celles et ceux qui crachent leur intolérance sous prétexte d'imposer ce qu'ils osent nommer "respect" ou "laïcité". Deux mots dont ils ont oublié le sens premier, les valeurs qui les fondent et l'importance qu'ils ont dans l'équilibre de notre société. On ne peut pas au nom de ces deux mots lancer des appels aux relents de racisme qui fleurent tellement la xénophobie que l'extrême-droite saute de joie en se voyant ainsi épaulée. On ne doit pas brandir comme un étendard les victimes du Bataclan pour prôner l'intolérance envers un rappeur dont on ne connaît pas les textes. Avant toute démarche politique qui induit d'attirer l'attention des français, le respect serait de s'informer, d'étudier lesdits textes, d'écouter le rap de Médine et ensuite de décider si oui ou non on continue dans la voie choisie. Allez sur YouTube mesdames et messieurs les censeurs, mettez le son à fond et ressentez toute la passion, la révolte légitime et l'intelligence des mots de Médine. Ensuite vous jugerez, mais pas avant de l'avoir fait.

Que dit le rappeur exactement dans ce texte tant décrié, et dans tant d'autres ? Il dénonce toutes les formes de violence, le terrorisme, la radicalisation dans les cités, et l'apologie de l'immoralité. Ses mots sont autant de coups de poings dans le ventre pour réveiller les consciences endormies ! "Crucifions les laïcards comme à Golgotha" est la petite phrase assassine qui choque qui au juste ? Tous ceux qui utilisent la laïcité comme l'ultime argument pour imposer une religion, le catholicisme. Hors il n'y a pas dans notre République de religion d'état, et la laïcité justement garantit aux croyants comme aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions.en leur assurant le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir. Une définition très simple à comprendre que la droite de Laurent Wauqiez, certaines personnalités se revendiquant du Printemps Républicain aux penchants furieusement islamophobes, qui entre parenthèses a pondu pour l'occasion un communiqué qui est un monument d'hypocrisie, et l'ensemble de l'extrême-droite française feraient bien d'assimiler une bonne fois pour toutes. Car il devient très embarrassant d'avoir sans cesse à rappeler à des personnalités politiques prétendument engagées pour la France et censément instruites de ses lois qu'ils se doivent de les respecter. Celle du 9 décembre 1905 en tout premier lieu, car elle a instauré équilibre et modernité dans la société française et veille à perpétuer les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité qui assurent sa pérennité.

Rappelons également que le Bataclan est une salle indépendante, et que les partis politiques d'où qu'ils soient n'ont pas à influer sur sa programmation. Vous et moi non plus. La pétition qui circule pour interdire Médine au Bataclan est à l'initiative d'un ancien élu du Front National lié aux réseaux identitaires et qui se revendique comme tel, quiconque la relaie contribue à fortifier ceux-ci qui sont la lie de notre société.  Les réseaux sociaux, mais aussi le monde politique, baignent dans une certaine confusion entre islam et laïcité qui mène la vox populi à vouloir imposer une forme de respect de tout et de rien qui est le comble de l'intolérance. Nous avions pu le constater l'année dernière au sujet du concert de Black M lors des commémorations de Verdun, puis avec Maryam Pougetoux qui ose, ô sacrilège, porter le foulard alors qu'elle est syndicaliste. Les associations les plus improbables se déchaînent, appelant à la vindicte populaire et faisant le jeu des identitaires et de l'extrême-droite qui s'empressent de festoyer en se frottant les mains. L'aubaine est trop belle pour être boudée, le travail de communication leur est mâché avant d'être régurgité et tout ce petit monde bien propre sur lui se noie dans son propre vomi satisfactoire. Dans un autre ordre d'idée des films, des œuvres classiques, des artistes, sont cloués au pilori de la censure et de la bondieuserie. Dans notre pays en 2018 il ne fait pas bon penser hors les lignes, et il est dangereux de dénoncer les abus, les écarts et la banalisation de la haine. Alors c'est simple, si vous n'aimez pas le rap de Médine ne l'écoutez pas mais laissez-le réaliser son rêve de jeunesse et monter sur la scène du Bataclan. Il a tout comme vous droit à la libre expression et au partage de son talent.

Il n'y a dans ce billet aucun irrespect envers les victimes du Bataclan, très peu d'entre elles se sont  manifestées et l'on fait en partageant des messages de tolérance sur les réseaux sociaux. Le fait est que seuls les avocats d'une dizaine de familles de victimes on annoncé qu'ils déposeraient lundi un recours s'appuyant sur un risque de trouble à l’ordre public et la notion d’ordre public moral. Cette dernière peut sembler hors contexte, les textes du rappeur ne contrevenant pas à celui-ci. Dans cette optique nous vous invitons à lire attentivement le texte qui a mis le feu aux poudres, ensuite ce sera à vous de juger du bien fondé ou non de ce billet... 

Rappel 
Médine était signataire de la tribune "Nous sommes unis" parue dans Libération le 15.11.2015, soit deux jours après l'attentat du Bataclan. Il s'était en début d'année expliqué sur le morceau Don't Laïk, sorti une semaine avant l'attentat contre Charlie Hebdo ce qui lui avait déjà valu de nombreuses attaques : "Don’t Laïk est aux fondamentalismes laïques ce que les caricatures de Charlie Hebdo sont aux fondamentalismes religieux." (tribune dans L’Obs le 13.01.2015) "Il faut le juger comme un morceau de rap et non pas comme un pamphlet islamiste. Il s’agit non pas d’une critique de la laïcité, mais plutôt de ce qu’on en fait, et de ce qui devient de plus en plus de la propagande anti-religieuse" (interview sur LCI du 03.02.2015) 

Don't Laïk
Dieu est mort selon Nietzsche
« Nietzsche est mort » signé Dieu
On parlera laïcité ente l'Aïd et la Saint-Matthieu
Nous sommes les gens du Livre
Face aux évangélistes d'Eve Angeli
Un genre de diable pour les anges de la TV Reality
Je porte la barbe j'suis de mauvais poil
Porte le voile t'es dans de beaux draps
Crucifions les laïcards comme à Golgotha
Le polygame vaut bien mieux que l'ami Strauss-Kahn
Cherche pas de viande Halal dans tes lasagnes c'est que du cheval
Au croisement entre le voyou et le révérend
Si j'te flingue dans mes rêves j'te demande pardon en me réveillant
En me référant toujours dans le Saint-Coran
Si j'applique la Charia les voleurs pourront plus faire de main courante
Ils connaissent la loi, on connait la juge
Pas de signe ostentatoire, pas même la croix de Jésus
J'suis une Djellaba à la journée de la jupe
Islamo-caillera, c'est ma prière de rue

Ta barbe, rebeu, dans ce pays c'est Don't Laïk
Ton voile, ma sœur, dans ce pays c'est Don't Laïk
Ta foi nigga dans ce pays c'est Don't Laïk
Madame monsieur, votre couple est Don't Laïk

On ira tous au paradis, tous au paradis on ira
On ira tous au paradis, tous au paradis incha'Allah
On ira tous au paradis, tous au paradis on ira
On ira tous au paradis, enfin seulement ceux qui y croient

Ils n'ont ni Dieu ni maître à part Maître Kanter
Je scie l'arbre de leur laïcité avant qu'on le mette en terre
Marianne est une femen tatouée "Fuck God" sur les mamelles
Où était-elle dans l'affaire d'la crèche?
Séquestrée chez Madame Fourest
Une banane contre le racisme, du jambon pour l'intégration
Pour repousser les nazislamistes, on
Ferme les portes de l'éducation
"Ah bon? Pardon patron, moi y'a bon"
Vas-y Youss', balances le billet
J'mets des fatwas sur la tête des cons
Religion pour les francs-maçons, catéchisme pour les athées
La laïcité n'est plus qu'une ombre entre l'éclairé et l’illuminé
Nous sommes épouvantail de la République
Les élites sont les prosélytes des propagandistes ultra laïcs
Je me suffis d'Allah, pas besoin qu'on me laïcise
Ma pièce de bœuf Halal, je la mange sans m'étourdir
À la journée de la femme, j'porte un Burquini
Islamo-racaille c'est l'appel du muezzin

Ta barbe, rebeu, dans ce pays c'est Don't Laïk
Ton voile, ma sœur, dans ce pays c'est Don't Laïk
Ta foi nigga dans ce pays c'est Don't Laïk
Madame monsieur, votre couple est Don't Laïk

On ira tous au paradis, tous au paradis on ira
On ira tous au paradis, tous au paradis incha'Allah
On ira tous au paradis, tous au paradis on ira
On ira tous au paradis, enfin seulement ceux qui y croient

Que le mal qui habite le corps de Dame Laïcité prononce son nom
Je vous le demande en tant qu'homme de foi
Quelle entité a élu domicile dans cette enfant vieille de 110 ans ?
Pour la dernière fois ô démons, annoncez-vous ou disparaissez de notre chère valeur
Nadine Morano, Jean-François Copé, Pierre Cassen et tous les autres
Je vous chasse de ce corps et vous condamne à l'exil pour l'éternité
Vade retro satana

jeudi 7 juin 2018

PÉTARD MOUILLÉ


Comme chaque année les beaucairois ont piaffé d'impatience en attendant de découvrir le catalogue des Estivales. Comment serait l'affiche de l'été, annonciatrice des réjouissances à venir ? Et desdites réjouissances qu'en serait-il exactement ?  A quelle sauce serions-nous mangés ? Qu'en serait-il des traditionnels Beaux Quais ? Devenus par un choix sans originalité de la municipalité les "Vendredi de Beaucaire"et de moins en moins fréquentés, rétrécis comme peau de chagrin au grand dam des beaucairois qui y sont très attachés, allaient-ils disparaître ou donner naissance à une nouvelle formule plus attractive, voire carrément novatrice ? Depuis une semaine nous avons toutes les réponses à nos questions, et ma foi il y a du bon et du mauvais.

Pour commencer, l'affiche ! Quasi monochrome, sans aucune originalité, avec en arrière plan le blason originel de Beaucaire sur lequel tente péniblement d'éclater un feu d'artifice tricolore qui fait peine à voir... De loin la pire affiche de toute la longue histoire des Estivales ! Aucune recherche artistique, aucun relief, un graphisme bas de gamme noyé dans le sang et or dont les beaucairois sont à juste titre si fiers et qui aurait pu donner naissance à une affiche éclatante... Bref ! Un travail bâclé par ceux qui sont pourtant grassement payés pour le faire. Nous ne nous y attarderons pas, ouvrons plutôt ce catalogue et promenons-nous au fil des pages pour découvrir l'offre événementielle de notre ville. 

L'idée d'un marché à thème chaque vendredi est plaisante de prime abord, attendons seulement de voir si les stands des forains seront bien en conformité avec chaque thème, mais il fallait renouveler les Beaux Quais alors pourquoi pas ? Nous émettrons des réserves sur la programmation de la place de la mairie qui n'est pas folichonne. Cela plaît cependant au plus grand nombre, il en faut pour tous les goûts et l'idée que chacun se fait de la culture est très subjective ! Bon le sosie de Mylène Farmer filerait des frissons à toute personne normalement constituée, mais c'est l'effet que causent les sosies en général dont les spectacles sont à chaque fois très mauvais pour ne pas dire carrément médiocres. Nous avons la ressource de nous concentrer sur la musique en chantant à tue-tête, voire parfois de danser pour les plus extravertis (les beaucairois ne dansent pas, ils mangent) et de beaucoup rire en pointant gestuelle, maquillage, costumes et mise en scène ! Finalement les spectacles gratuits du vendredi soir demeurent ce qu'ils sont depuis plusieurs années, pas terribles, mais ils sont l'occasion de dîner ou boire un verre avec des amis et de contribuer à faire travailler les trois commerces de restauration de la place de la mairie. Il semble par contre que les habituels petits concerts des restaurants du canal aient disparu de la programmation, certes cela permettra aux beaucairois et aux touristes de pouvoir converser pendant le dîner mais nous inquiétons de voir disparaître une ambiance festive...

Comme de bien entendu les classiques, ou devenus tels, seront présents : les 100 chevaux, les 100 taureaux, le défilé d'ouverture des Fêtes de la Madeleine, le Salon Taurin, les bodegas, la foire... Cette année il semblerait que le thème du défilé soitle carnaval, thème annoncé par la rumeur car absent du catalogue. Un oubli ? Une volonté d'offrir une surprise aux beaucairois ? Nous pencherons pour la première solution. L'affaire est donc à suivre de près, mais encore une fois pourquoi pas ? Cela aura au moins le mérite de nous changer des défilés de ces deux dernières années, fort décevants... Les joutes sur le canal sont déplacées le soir, très bien, au moins on ne crèvera pas de chaud en plein cagnard, d'autant qu'il n'y a plus un seul arbre sur le quai, pourquoi déjà ? Ah oui ! Ils ont été arrachés par la municipalité ! Il est très décevant que le spectacle de Recortadores ne soit pas à l'affiche, nous étions nombreux à nous être régalés de prouesses des participants l'année dernière et nous nous faisions une joie d'en découvrir de nouvelles cette année. On nous sert un Rodéo à la place, ce n'est pas franchement cohérent avec les traditions camarguaises et provençales ! Reste à savoir si nous aurons du vrai rodéo à l'américaine ou un ersatz local, méfi donc... Nous ne nous étendrons pas sur la programmation du Salon Taurin qui nous ressort chaque année les ringards dépoussiérés sentant bon la naphtaline, dont le seul intérêt pour ceux qui aiment danser est la soirée disco qui donne des ailes aux pieds. Pour le reste, hormis le fait de contribuer à la bonne santé des associations sportives en dînant on ne va certes pas au Salon Taurin pour la qualité de ses spectacles et personne n'est dupe. Si ? 

Pour finir votre blogueuse a la ferme intention d'assister à la projection de La La Land ! Pas question de manquer Ryan Gosling et Emma Stone virevoltant sur l'écran, la soirée du 4 août est d'ores et déjà réservée. Le reste de la programmation de cinéma en plein air intéressera les enfants (parking de la Moulinelle) et "Demain Tout Commence", film avec Omar Sy, est peut-être à voir... Ou peut-être pas au vu des quelques critiques qui ont accompagné sa sortie en 2016. 

Dans l'ensemble un catalogue sans surprises majeures, quelques bons trucs mais beaucoup qui le sont nettement moins voire pas du tout, et des innovations qui sont en contradiction avec la passion affichée de l'équipe municipale pour les traditions provençales. Rien qui puisse à notre avis drainer un tourisme de qualité, c'est-à-dire culturel et friqué, pour donner un coup de pouce au tourisme local. On reste dans du connu, on ne prend pas de risques, mais cela peut fonctionner comme cela fonctionne depuis des années, gentiment et sans étincelles. Le propre d'un pétard mouillé étant de vous emmerder sans jamais tenir ses promesses... Un peu comme la municipalité actuelle. 

mercredi 16 mai 2018

DE LA LIBERTÉ D'EXPRESSION


Ainsi donc en 2018, dans une paisible petite ville endormie sous le soleil d'Occitanie, il est encore des susceptibilités qu'il faut ménager faute de se retrouver sommé de répondre de ses actes manqués. La neutralité n'est plus de mise, il faut prendre parti vite et bien, de préférence en faveur du pouvoir en place et sans trop gamberger ! On ne peut plus se payer le luxe d'une once d'humanité et d'un soupçon de réflexion sans craindre d'être pointé du doigt et roué en place publique. Il n'est plus temps de raison garder, les fouets sont là, réels comme virtuels, qui guettent la moindre complaisance, qui punissent la plus petite empathie, qui cinglent les partisans de l'humour pris dans sa plus simple expression.

Objectera-t-on que de l'humour à l'injure ou la diffamation il n'y a qu'un pas et que de certains sujets il ne faut plus désormais se prendre à rire ? C'est un fait. Nous vivons dans un monde aseptisé qui ne tolère plus les écarts de langage et réprime les libertés auxquelles s'adonnent les esprits forts. Entendons par là les personnes éprises d'indépendance qui revendiquent leur droit à ne pas se poser en juges et parties, laissant ainsi aux autres une formidable et nécessaire liberté d'expression. Alors bien sûr toute liberté donne lieu à des dérives, voire même à des abus ! Mais c'est un risque à prendre et un outrage à assumer pour toute personne publique. On ne peut se poser en représentant de commerce d'une idéologie et réfuter tout argument qui la détruirait. De même on ne peut considérer qu'un jeu de mots puisant de toute évidence dans l'ironie et portant un jugement sur un comportement, soit une injure publique. Toute personne publique prête à rire, c'est un à côté livré avec le package de l'engagement au sein d'un parti politique, d'un état d'artiste reconnu ou d'une quelconque célébrité. Certes il n'est pas question dans nos cercles restreints de célébrité, mais de personnage publique oui. Et de toute évidence si l'on n'a pas les épaules assez solides pour supporter les inconvénients du job il vaut mieux envisager de se reconvertir. 

On ne niera point que cela puisse être pénible, voire même insupportable par moments. Le virtuel, on le sait, est d'une implacable férocité ! Nul doute que le face à face atténue ce type de comportements et la portée d'un trait d'humour, aussi agressif soit-il... Mais voilà, nous parlons ici de virtuel et de personnes qui font le choix de s'en offusquer au lieu d'avoir l'intelligence, voire l'élégance, de laisser couler. Les habitants de ladite petite ville jugeront s'il est naturel de leur faire supporter  le poids des états d'âme d'un seul, mais on peut raisonnablement douter que cela leur agrée. 

Il est clair qu'en ces temps compliqués que nous traversons certains contextes plus que d'autres prêtent à la dérision. Expression critique soutenue pas l'humour pour appréhender des faits difficilement supportables, elle permet à tout un chacun de s'exprimer sans ambages, et parfois sans modération. On ne saurait censurer la libre expression citoyenne, elle est un puissant vecteur de déconstruction des idéologies populistes et nécessaire à toute évolution sociétale. Pourtant, dans certaines bourgades ensoleillées comme dans d'autres dont les rigueurs climatiques boostent les énergies citoyennes et militantes, la liberté d'expression est sapée quotidiennement et grignotée en toute occasion. Or un pouvoir qui entend imposer respect et considération en bafouant les libertés individuelles ne parvient qu'à dévaloriser son action aux yeux de ceux qu'il prétend convaincre. Museler ceux qui s'expriment n'est pas, et de très loin, la meilleure manière de faire avaler l'amère pilule que certains distribuent à l'envie dans nos villes. Pour qui ne l'aurait visiblement pas compris, nous sommes encore en démocratie, ce qui sous-entend que chaque citoyen a toute liberté de s'exprimer. Et qu'on ne saurait imputer à qui respecte ce principe de liberté la responsabilité d'une quelconque expression.  

Il ne sera nommé personne dans ce billet, qui est à prendre comme une réflexion générale et ne prétend pas juger en lieu et place d'une cour de justice, et nulle situation particulière ne sera prise pour cible. Chacun est libre de l'ajuster à telle actualité qui lui plaira, car en ceci en tant d'autres lectures il incombe au lecteur de prendre ses responsabilités et de savoir retirer de ce qu'il lit ce qui saura nourrir sa propre réflexion. 

lundi 14 mai 2018

De la Culture de l'Autruche Beaucairoise...


L'autruche beaucairoise, jadis variété fort rare cultivée avec soin et de nombreux égards pour assurer sa pérennité, s'est vulgarisée ces dernières années au point de passer de la culture plein champs à celle, très controversée malgré ses résultats, sous serres. Ainsi fleurissent depuis quelques temps d'immenses serres dotées d'aménagements technologiques dernier cri. Le profane s'étonnera de ces vastes étendues vitrées qui défigurent le paysage beaucairois, donnant à la plaine de Beaucaire de faux airs de la Silicone Valley. La modernité des installations semble faire un pied de nez aux traditions chères au coeur des beaucairois, mais avec le temps ils s'y sont habitués et ne s'en émeuvent plus guère...

Plus étonnant encore est le procédé de culture, inspiré des temps anciens et modernisé pour assurer une rentabilité maximale du produit, lequel se destine à court terme à l'exportation. Car l'autruche beaucairoise est de plus en plus prisée par les amateurs, et plus encore par les politiciens qui sont prêts à débourser des sommes astronomiques pour en acquérir au sein de leurs équipes ! Des voyages d'affaires sont organisés pour leur permettre de découvrir le produit en culture, dans son jus en quelque sorte, voyages assortis du passage obligé par quelque fête votive ou autre tradition locale festive permettant de valoriser cette variété dont la renommée s'étend désormais bien au-delà des frontières gardoises.

Ainsi le visiteur émerveillé découvre-t-il des rangées de jeunes autruches alignées le cul en l'air, la tête enfouie dans un riche terreau constitué de sable, d'argile et de l'incomparable limon généreusement déposé par les débordements du Rhône dont les vertus ne sont plus à prouver. Le spectacle de ces culs beaucairois élevés en batterie vaut à lui seul le détour ! On prend conscience en les voyant que la pérennité de ce produit rare est assurée pour les générations à venir, et c'est un très grand moment d'émotion. L'atmosphère qui règne dans les serres concoure à impressionner le visiteur étranger, par là nous entendons qu'il n'est pas natif du cru renommé de la Terre d'Argence. Pour qui n'est pas au fait de ce mode de culture spécifique à Beaucaire, qui en a peaufiné le savoir faire au fil des siècles, l'impression est étrange. Le silence est lourd, ponctué des gémissements étouffés des jeunes autruches qui sont bombardées de messages subliminaux véhiculés par des ultra sons les conditionnant à atteindre le taux de passivité nécessaire avant de les relâcher dans la nature ou de les vendre. Nous signalons tout de même que depuis peu s'est constituée une association de consommateurs qui pointe les effets néfastes à long terme de cette méthode de culture sur l'intégrité du produit et prône un retour à la culture plein champs, certes moins productive mais assurant la qualité d'un produit qui serait totalement naturel. Par ailleurs l'exportation de ce produit donne lieu à quelques dérives affairistes préoccupantes sur lesquelles la justice pourrait bien se pencher, certains acheteurs étant soupçonnés de revendre les autruches beaucairoises en sous-main à des holdings au montage compliqué, nébuleuses sur lesquelles quelques médias ont enquêté en signalant leur dangerosité.

Quiconque se porte acquéreur, certes à prix d'or, de ce produit de qualité estampillé AOC, ne manque pas de se réjouir très rapidement d'avoir cédé à la tentation. L'autruche beaucairoise, une fois libérée de l'élevage forcé en serre, s'avère être un animal de compagnie joueur et affectueux, se contentant de quelques fêtes votives, d'apéros arrosés au pastis ou à la bière, et de places assurées dans les tribunes du Stade des Costières pour garder une humeur égale et un comportement des plus sympathiques. La culture de ce produit donne donc d'excellents résultats, et les politiques ont appris à soigneusement mesurer les récompenses données en échange de leur soutien indéfectible. Ainsi l'autruche beaucairoise ne s'émouvra pas de propos racistes et xénophobes, acceptera avec philosophie le retour à des traditions moyenâgeuses, et applaudira à tout rompre la moindre action ou inaction flagrante de son maître. Par souci de fidélité à son acquéreur, et partant du principe qu'on ne mord pas la main qui vous nourrit même si elle vous sert de la merde, l'autruche beaucairoise s'extasiera devant le nouveau logo de sa ville, sans se formaliser que celui-ci remette au goût du jour une fidélité à Louis XI et un ordre de chevalerie depuis longtemps obsolètes et tous deux enterrés. 

Car tout ce qui importe à ce produit par ailleurs de grande qualité, c'est de vivre le reste de ses jours en paix, sans torturer ses neurones très abîmés par le lavage de cerveau subi dans les serres, en application de cette maxime de Voltaire "A la cour, mon fils, l'art le plus nécessaire n'est pas de bien parler, mais de savoir se taire." Et l'autruche beaucairoise, forte d'un fabuleux plumage et d'une allure enviable qui fait sa renommée depuis la nuit des temps, courtise quiconque l'acquiert comme personne d'autre ne saurait le faire.

samedi 21 avril 2018

DEFEND EUROP : MISSION GRIMPETTE


On espérait que les identitaires de Defend Europ avaient coulé avec leur rafiot à la fin de l'été 2017, sans trop y croire il est vrai ! Mais ces petites bêtes survivent à tout et les voilà de retour, Génération Identitaire en tête, mitraillés par Damien Lefèvre/Rieu himself, les deux pieds dans la neige, équipé d'un superbe appareil photo ressemblant furieusement à celui dont il est affublé lorsqu'il est dans nos murs... Mais chut ! N'allons pas croire que le directeur du service communication de la mairie de Beaucaire puisse utiliser du matériel acheté avec l'argent des contribuables beaucairois, il n'oserait tout de même pas ! Si ? N'extrapolons pas et laissons-lui le bénéfice du doute, soyons généreux.

Ainsi donc un employé de notre ville, condamné en première instance à la privation de ses droits civiques pour cinq ans, participe avec ses petits camarades à une action illégale qui n'est ni plus ni moins qu'une ingérence dans les affaires de l'Etat et s'en vante sur les réseaux sociaux, preuves à l'appui. Et pendant ce temps-là Julien Sanchez, en sa qualité de maire de Beaucaire et de porte-parole du Front National, s'exprime sur la loi Asile et Immigration. Coïncidence ? Je n'y crois pas. Car les identitaires sont le bras armé du Front National et nombreux sont ses activistes qui en sont adhérents #ilnyapasdehasard

Bref ! Les vaillants identitaires venus d'Allemagne, d'Angleterre, d'Autriche, du Danemark, de Hongrie, d'Italie, et accessoirement de France, sont une centaine à avoir chaussé leurs raquettes pour affronter la petite grimpette vers le col de l'Echelle, passage régulièrement emprunté par des migrants pour parvenir dans la vallée de la Névache où de nombreux habitants leurs viennent en aide. Nourriture, logement, hygiène, repos... Autant de délits de solidarité qui valent à certains de se retrouver dans un tribunal pour avoir fait preuve d'humanité. S'arrogeant un pouvoir dont il ne disposent pas, et donc en toute illégalité, les identitaires ont installé une barrière de chantier sur plusieurs centaines de mètres, dont l'ouverture unique est gardée par des postes de surveillance. Se prenant pour des militaires ils se sont postés tout au long de la barrière dans une attitude dissuasive qui prêterait à rire si elle n'était insupportable d'arrogance ! En sus de cela ils ont déployé une énorme banderole au texte écrit en blanc sur fond rouge, disant en substance et en anglais "Vous ne ferez pas de l'Europe votre maison".

Génération Identitaire patrouille donc le long de notre frontière avec l'Italie en toute impunité, avec en soutien logistique deux hélicoptères (dont l'un repeint dans leurs couleurs et portant leur logo), un avion biplace et plusieurs drones ! Ajoutons à cela les tentes (bleu marine et avec leur logo) le matériel nécessaire à la barrière, et tout l'équipement nécessaire pour stationner le long de ce pseudo grillage. On peut légitimement s'interroger sur le financement de cette opération, au sujet duquel il faudra sans nul doute creuser pour trouver l'origine. Laquelle sera probablement reliée à l'Alt-Right américaine comme celle du rafiot de l'été dernier qui avait pris la mer grâce à la générosité de David Duke, ancien patron du Ku Klux Klan #touslesmêmes

Militants antiracistes, militants antifascistes, journalistes, citoyens dotés d'une conscience et soucieux de préserver nos libertés tout simplement, nous sommes nombreux à dénoncer depuis quatre ans les agissements des militants de Génération Identitaire. Pour ma part cela fait quatre ans que je m'en inquiète réellement, que je suis à la trace leur actualité, que je m'informe sur ses membres et ceux des autres mouvances d'extrême-droite, que je plonge les deux bras dans ce tas de fumier qui s'auto alimente chaque jour un peu plus ! Aujourd'hui un cap est franchi, un de plus, et je me demande jusqu'à quand ces groupuscules dangereux continuerons leurs actions en toute impunité. Si le délit de solidarité pour ceux qui viennent en aide aux migrants est passible d'amendes, voire d'emprisonnement, qu'en est-il de celui d'ingérence, de connerie et d'incitation à la haine raciale mêlés ? Il est temps que l'Etat prenne ses responsabilités et que cette minable association qui se prend pour un mouvement politique soit dissoute. Tout comme devraient l'être tous ces satellites d'extrême-droite qui font preuve de violence dans nos villes, dans nos universités, et jusque dans nos lycées ! Notamment le Bastion Social (ex GUD) dont les accointances avec le Front National n'est un secret pour personne #virezmoitoutcemerdier Ouvrons les yeux pour regarder la haine et son pitoyable cortège de peurs en face ! Et dressons l'oreille, en France la voix des identitaires appelle à se dresser contre la République, pour imparfaite qu'elle soit celle-ci 'en demeure pas moins notre unique rempart contre la haine. Pour le moment.

Mission Grimpette (suite)
Comme d'habitude les identitaires ont détalé devant la réaction des antifascistes No Borders italiens qui n'ont pas hésité à traverser la frontière pour manifester leur solidarité avec les migrants qui souhaitaient passer le col de l'Echelle #couragefuyons Cette action qui a été un succès dénonce bien évidemment le délit de solidarité en sus de donner aux identitaires une bonne leçon. Le fait que des militants doivent se substituer à l'Etat pour faire déguerpir des activistes menant une action illégale sur nos frontières en dit long sur la loi Asile et Immigration clairement sujette à controverse ! La gendarmerie s'est de son côté assurée que les identitaires débarrassaient le plancher avec armes et bagages (non ce n'est pas une métaphore, certains étaient armés !) tandis que la Préfète des Hautes-Alpes minimisait la portée de leur action et leur volonté d'ingérence dans les affaires de l'Etat #faudraitpaslestraumatiser #ilsrendentservice

On apprend par un communiqué des sociétés de location d'hélicoptères SAF HELICOPTERES et HELI-MAX (à lire ci-dessous) qu'ils vont porter plainte contre Génération Identitaire pour atteinte à l'image de leurs entreprises, l'action menée et sa communication étant en contradiction avec les valeurs morales dans lesquelles ils sont engagés tout au long de l'année en assurant des missions de secours dans la région. Les patriotes de pacotille seront contents, ils vont encore faire parler d'eux...

Mise à jour
Selon Génération Identitaire, l'opération Mission Alpes a coûté dans les 30 000 euros. Le mouvement bénéficie de différentes sources de financement et fait un appel au don permanent sur son site web. En décembre 2017, Génération Identitaire avait lancé un appel au don suite à la condamnation de 5 de ses membres (dont Damien Rieu) par le tribunal de Poitiers à 40 000 euros d'amende. L'argent récolté permettrait de financer des actions comme celle du week-end au Col de l'Echelle. 

mercredi 4 avril 2018

LES MOULINS A VENT


Martin Luther King est mort assassiné il y a 50 ans. Qu'en est-il aujourd'hui de son message de paix, d'unité et de non violence ? Pour nous qui menons un dur combat contre le racisme et les discriminations le constat est simple : très peu de choses changent, très peu de lignes bougent et le fond demeure, effroyable d'indifférence et d'individualisme forcené. Les prises de conscience sont sporadiques, peu s'ancrent dans la réalité et survivent au quotidien. 

Il nous faut avoir l'âme chevillée au corps pour continuer, persévérer, ne rien laisser passer ! Lutter contre les inégalités, contre la xénophobie, contre la haine, contre les violences racistes, est un choix de vie qui met une distance entre les autres et nous alors même que nous nous battons pour eux.  A notre petit niveau nous ne pouvons qu'imaginer ce que Martin Luther King a vécu, les humiliations qu'il a supportées, les souffrances qu'il a endurées... Et c'est parce que nous ne souhaitons cela à personne que nous continuons. Il n'y a pas d'héroïsme ou d'abnégation dans la lutte antiraciste, il n'y a que de la colère face aux injustices ! Une colère que nous utilisons pour grignoter chaque jour un peu du terrain contrôlé par la haine et les peurs. Avec parfois de vraies avancées, des victoires qui nous réchauffent le coeur et nous confortent dans la justesse de notre combat. Mais parfois aussi, trop souvent, des reculs, des pusillanimités qui nous hérissent, des absurdités et une très grande solitude... Ceux qui minimisent à l'envie l'action des militants antiracistes feraient bien de se poser une seule question : jusqu'où autorise-t-on la haine et son cortège de violences ? Car c'est de cela qu'il s'agit. 

Ainsi donc en 2018, en France, si l'on a une petite poussée de haine, on peut se livrer à des agressions mortelles à caractère ouvertement antisémite. Et si l'on a un petit coup de mou on peut dans la foulée laisser la présidente d'un parti fasciste faire son show de récupération politique, bien encadrée par nos CRS et la Ligue de Défense Juive, dont on se demande pour cette dernière pourquoi elle n'a pas encore été dissoute ! Dans la foulée on laisse les membres de cette même LDJ éructer des insanités à la figure de Jean-Luc Mélenchon et des insoumis qui l'accompagnent jusqu'à les contraindre à prendre la décision de quitter le cortège. On assiste donc à cette contradiction qui mène à accepter dans une marche contre l'antisémitisme la présidente d'un parti fondé par des nazis, qui s'est construit sur l'antisémitisme et le négationnisme. S'il n'entre certes pas dans les attributions du CRIF d'interdire la présence de qui que ce soit dans le cortège, on peut en comprendre aisément la motivation.

Les faits lui donnent raison. Le matin même de la manifestation un local de l'UEJF à la Sorbonne Paris 1 a été saccagé et couvert de tags antisémites. A contrario huit jours plus tôt Alain Soral, poursuivi pour avoir publié des caricatures clairement antisémites, était relaxé par le Tribunal Correctionnel de Paris. Un jugement incompréhensible... La montée d'une nouvelle forme d'antisémitisme fondée sur des actes de violences est une évidence. Elle progresse en même temps que se multiplient les propos racistes, sexistes, islamophobes, anti-migrants, anti-asiatiques, homophobes, et tant d'autres ! Dans un autre registre, des agressions contre des étudiants qualifiés de "gauchistes" sont menées, parfois avec une extrême violence, par des groupuscules d'extrême-droite clairement identifiés : Génération Identitaire, Bastion Social (fondé par d'ex militants du GUD), RED (Rassemblement d'Etudiants de Droite) dans les facultés de Montpellier, Lille et Angers, le lycée auto-géré de Paris, mais également dans le centre ville de Strasbourg et celui de Lyon. Et lorsque le député LREM Thierry Michels demande  à l'Assemblée Nationale au ministre de l'Intérieur la dissolution du Bastion Social, la réponse de Jacqueline Gourault, ministre auprès de Gérard Collomb, aligne les références à la loi pour donner l'assurance d'une vigilance de ses services sans exprimer clairement qu'elle n'estime pas que les conditions nécessaires soient réunies... Faudra-t-il un massacre pour que des mesures soient prises ?

Une question se pose : qu'attendons-nous pour agir ? Et lorsque je dis nous je veux dire le gouvernement. Je n'entrerai pas dans le débat de l'avant-après Emmanuel Macron, ce n'est pas le sujet. Il y a en France des lois qui encadrent tous les agissements qui vont à l'encontre des valeurs républicaines, mais le cadre coercitif n'est pas appliqué avec suffisamment de rigueur pour être dissuasif. Aujourd'hui rien ne garantit que vos droits seront respectés, que votre souffrance sera prise en considération, que vos appels seront entendus. Il y a une effarante disproportion entre la réalité des faits et la manière dont les traite la justice. J'ai un grand respect pour nos institutions, mais je m'interroge sur l'obsolescence programmée de leur mode de fonctionnement qui ne nous donne aucune assurance que des solutions d'efficience leur seront apportées. Et nous savons, nous militants antiracistes, que nos combats ne sont pas la priorité de notre gouvernement, pas plus qu'ils ne l'étaient des précédents. Nous sommes un peu comme Don Quichotte, nous nous battons contre des moulins à vent...

La menace que l'extrême-droite fait peser sur la France est très réelle. Il serait temps de cesser de couper les cheveux en quatre pour prendre enfin les décisions qui s'imposent. Rien, pas même la plus petite entorse à ces lois qui sont censées protéger les citoyens contre les actes de haine, de violence, de racisme, d'antisémitisme, de négationnisme et de discrimination, ne doit être toléré. Fermons à double tour la porte à la haine, et prenons garde à ceux qui rouvrent discrètement les fenêtres à tous ses dérivés...




Note

Le Bastion Social est un mouvement fondé par d'ex-militants du GUD (Groupe Union Défense) sur le modèle de Casa Pound Italia, centre social et parti politique italien d'extrême-droite. Son slogan annonce la couleur : "les nôtres avant les autres". Son président, Steven Bissuel, est un transfuge du GUD. Les militants du Bastion Social se sont installés à Lyon, Strasbourg, Chambéry, Aix-en-Provence, Marseille... Le mouvement s'inspire également des Phalangistes espagnols et du mouvement fasciste grec Aube Dorée, et s'est allié en Provence à l'Action Française. Il est soutenu par plusieurs personnalités du FN : le sénateur de Marseille Stéphane Ravier, le député européen Jean-François Jalkh, et Frédéric Châtillon, ancien patron du GUD et proche de Marine Le Pen.